jeanne quattropani photographie | graphisme | écriture
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Colibris

Quand je suis finalement arrivée, la grille était fermée. J’ai alors compris que je m’étais trompée. Un autre jour. Et pourtant.

J’aurais pu inventer une excuse ; un empêchement de dernière minute.

J’ai contemplé les mailles et la ferraille qui s’emmêle ; arriver à la serrure. J’ai attendu le temps de repenser à cette invitation, l’instant du souvenir qui pourrait suggérer une action. Je patiente. Plus bas, quelqu’un est entré ; un homme pisse à quelques marches du rez. J’observe son plaisir. J’ai reculé, plaquée au mur ; ce n’est pas lui que je guette. Il sort, je garde l’attrait des odeurs. La semelle sur l’escalier, je contemple les effluves de son passage. Je suis barricadée. Je ne suis pas repartie. Une quille sur le pavé, si facile à atteindre. Sur la descente. Oubliée par habitude, transparente. Lion en cage.

 

Quand je suis finalement arrivée, j’aurai dû monter au second et trouver ceux qui ne m’attendaient pas. M’enfermer dans l’antre. Une découverte.

Je parle. Je discute.

Je passe mes doigts dans les bagues de fer. La grille est fermée ; prisonnière. J’avais attendu, je suis otage de l’extérieur. Je me rêve volatile. Libre dans une cage de dissuasion. J’ânonne ; claque la langue sur le palais.

Oui, j’irai. Je viendrai.
Je bouillonne.
Dans mon reposoir.

Je furète, m’invente un passage. Repère.
Observe.

Éclairage d’un pissoir de cabaret, je suis la prochaine proie promise à l’abattage. Séquestrée sur le chemin. Plus haut, je sais les couloirs que je n’ai jamais empruntés. Je n’ai pas regardé.

La grille aurait dû être ouverte pour me laisser monter ; le plaisir, m’affranchir. Tracer vers mon but, tant pis pour ce qu’il est. En cage. Otage. Et ma jouissance. Le pouvoir d’agir sans contrainte.

Je ne fais rien la palissade est haute je ne grimpe pas mais

Je sauve ma peau. Je veux continuer. À force de persuasion, imaginer ma route pour ne pas m’accommoder de ce pâle destin. J’envie mon projet.

Je bourdonne.
Je veux m’enchanter et passer au-delà. Je suis de l’autre côté. Je suis prête, ouverte. En vie.

Je suis allée. Je reprends les marches, je les remonte. J’aurai dû voir ceux qui sont là. Et trouver.

 

J’ai vu.

 

Je rejoins le sommet, une légère vibration ; je vole sur place.

Je fredonne.
déniche

On m’invite dans l’alcôve, je découvre ma conquête. Liberté acquise, ici.

Un oiseau s’émancipe.
Je m’associe. Je (me) raconte. Amour en cage, je fais mon nid.
(enivrée)

 

Chanter, même si c’est pour être égorgée. Je trace le contour de mon asile au pinceau, j’ai dessiné ma liberté clôturée pour passer à travers les barreaux. De ma tanière en terre complice.

Je suis si petite, protégée, en pâte. Je feuillette quelques pièces pour mieux découvrir et me nourrir. Tragédie. Comédie. Poésie. Je fais plusieurs fois le tour de ma mémoire.
+ une fois pour apprécier
un, deux, trois

1 2 3
Je me suis retournée.

 

Je m’abreuve de cette liberté. La grille était fermée. Je suis allée et j’ai trouvé le monde vrombissant.
Maraudage. (Im)pie.
Abritée dans mon souvenir. Exulte. Je savoure cet instant.

 

Je suis ; là.

 

Les langues se délient. J’ai versé une louche d’un nectar crémeux, alliance de saveurs. Une poignée d’amour, une passion se dissout. Les corps s’enflamment.

J’ai pénétré dans la cage. Un repère de piaf, un antre épris de liberté ; je suis le souverain et la grille s’est refermée.


Jeanne Quattropani, juin 2009

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Nouvelle publiée dans Le livre forde 1994-2009, septembre 2009

Le livre forde 1994-2009 est à vendre à la galerie (FR&EN | chf48.-)

Forde - espace d'art contemporain
11, rue de la coulouvrenière (USINE)
1204 Genève | www.forde.ch


Horaires: Jeudi et vendredi, 15h-19h | Samedi, 14h-17h
Et sur rendez-vous: forde(at)usine.ch

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