Colibris
Quand je suis finalement arrivée, la grille était
fermée. J’ai alors compris que je m’étais
trompée. Un autre jour. Et pourtant.
J’aurais pu inventer une excuse ; un empêchement
de dernière minute.
J’ai contemplé les mailles et la ferraille
qui s’emmêle ; arriver à la serrure.
J’ai attendu le temps de repenser à cette
invitation, l’instant du souvenir qui pourrait
suggérer une action. Je patiente. Plus bas, quelqu’un
est entré ; un homme pisse à quelques
marches du rez. J’observe son plaisir. J’ai
reculé, plaquée au mur ; ce n’est
pas lui que je guette. Il sort, je garde l’attrait
des odeurs. La semelle sur l’escalier, je contemple
les effluves de son passage. Je suis barricadée.
Je ne suis pas repartie. Une quille sur le pavé,
si facile à atteindre. Sur la descente. Oubliée
par habitude, transparente. Lion en cage.
Quand je suis finalement arrivée, j’aurai
dû monter au second et trouver ceux qui ne m’attendaient
pas. M’enfermer dans l’antre. Une découverte.
Je parle. Je discute.
Je passe mes doigts dans les bagues de fer. La grille
est fermée ; prisonnière. J’avais
attendu, je suis otage de l’extérieur. Je
me rêve volatile. Libre dans une cage de dissuasion.
J’ânonne ; claque la langue sur le palais.
Oui, j’irai. Je viendrai.
Je bouillonne.
Dans mon reposoir.
Je furète, m’invente un passage. Repère.
Observe.
Éclairage d’un pissoir de cabaret, je suis
la prochaine proie promise à l’abattage.
Séquestrée sur le chemin. Plus haut, je
sais les couloirs que je n’ai jamais empruntés.
Je n’ai pas regardé.
La grille aurait dû être ouverte pour me
laisser monter ; le plaisir, m’affranchir.
Tracer vers mon but, tant pis pour ce qu’il est.
En cage. Otage. Et ma jouissance. Le pouvoir d’agir
sans contrainte.
Je ne fais rien la palissade est haute je ne grimpe
pas mais
Je sauve ma peau. Je veux continuer. À force
de persuasion, imaginer ma route pour ne pas m’accommoder
de ce pâle destin. J’envie mon projet.
Je bourdonne.
Je veux m’enchanter et passer au-delà. Je
suis de l’autre côté. Je suis prête,
ouverte. En vie.
Je suis allée. Je reprends les marches, je les
remonte. J’aurai dû voir ceux qui sont là.
Et trouver.
J’ai vu.
Je rejoins le sommet, une légère vibration ;
je vole sur place.
Je fredonne.
déniche
On m’invite dans l’alcôve, je découvre
ma conquête. Liberté acquise, ici.
Un oiseau s’émancipe.
Je m’associe. Je (me) raconte. Amour en cage, je
fais mon nid.
(enivrée)
Chanter, même si c’est pour être égorgée.
Je trace le contour de mon asile au pinceau, j’ai
dessiné ma liberté clôturée
pour passer à travers les barreaux. De ma tanière
en terre complice.
Je suis si petite, protégée, en pâte.
Je feuillette quelques pièces pour mieux découvrir
et me nourrir. Tragédie. Comédie. Poésie.
Je fais plusieurs fois le tour de ma mémoire.
+ une fois pour apprécier
un, deux, trois
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Je me suis retournée.
Je m’abreuve de cette liberté. La grille était
fermée. Je suis allée et j’ai trouvé le
monde vrombissant.
Maraudage. (Im)pie.
Abritée dans mon souvenir. Exulte. Je savoure
cet instant.
Je suis ; là.
Les langues se délient. J’ai versé une
louche d’un nectar crémeux, alliance de
saveurs. Une poignée d’amour, une passion
se dissout. Les corps s’enflamment.
J’ai pénétré dans la cage.
Un repère de piaf, un antre épris de liberté ;
je suis le souverain et la grille s’est refermée.
Jeanne Quattropani, juin
2009
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